lundi 6 mars 2017

C'est quoi la linogravure ?



Pour commencer cette nouvelle semaine, j'avais envie de vous faire rencontrer ce dalmatien, gravé il y a quelques semaines. 


J'ai toujours adoré les dalmatiens, à qui je trouve une élégance folle. Il se trouve que ce chien est un client parfait pour la linogravure, car c'est une activité pour laquelle il faut déconstruire sa manière de dessiner pour concevoir autrement les vides et les pleins, les ombres et les lumières. Les sujets à contrastes forts, comme peut l'être le dalmatien, sont une aubaine pour la gravure, et je dois dire que j'ai pris un malin plaisir à réaliser celui-ci. 


Je me rends compte que je n'explique pas forcément le procédé de la linogravure lorsque je partage avec vous quelques-unes de mes réalisations, et je m'aperçois parfois dans vos commentaires que tout ceci ne coule pas de source pour certain(e)s qui n'en connaissent pas bien le principe. 

Je profite donc de cet article pour expliquer quelques essentiels de la linogravure pour quiconque n'en aurait jamais entendu parler.

  • Comme son nom l'indique, la linogravure est un type de gravure. Il en existe beaucoup d'autres, comme la gravure sur zinc, la gravure sur rhénalon, etc., qui ont chacune leur singularité. 
  • En linogravure, on grave sur des plaques de linoléum -  un matériau que vous pouvez trouver dans les magasins d'Arts et de loisirs créatifs - à l'aide d'outils qu'on appelle des gouges. Il en existe de plusieurs sortes, taillées en "v", en "u", plus ou plus larges, plus ou moins profondes… On choisit une gouge plutôt qu'une autre en fonction de ce qu'on souhaite graver. Si je souhaite graver en finesse, je vais utiliser la gouge la plus précise dont je dispose. Si on contraire, je cherche plutôt à retirer beaucoup de matière, je vais utiliser une large gouge en "u". 
Ici, mes trois gouges favorites : à gauche, celle qui me permet de graver en finesse, les détails, les traits fins, un pelage d'animal, etc. Les deux autres sont des gouges taillées en "u" de largeur plus ou moins importante, dont je me sers pour éliminer la matière. Celle de droite est parfaite pour creuser rapidement une grande zone dont on souhaite se débarrasser  tandis que j'utilise plutôt celle du milieu quand je dois éliminer de la matière au bord d'une zone que je ne dois surtout pas abîmer (elle me permet d'être plus prudente et précise).
  • Ce que vous pouvez voir sur le papier n'est que le résultat d'une impression (je n'ai rien dessiné sur le papier). Il faut concevoir le dessin sur la plaque de linoléum, et penser que celui-ci sera imprimé à l'inverse. Il faut donc constamment avoir en tête cet effet miroir : si sur ma plaque, le chien regarde à gauche, sur le papier, une fois imprimé, il regardera à droite. Parfois, l'effet miroir n'a pas grande incidence (comme ici), mais il devient important par exemple quand vous vous lancez dans un jeu de typographie. Si vous souhaitez graver du texte, il faut écrire votre texte sur du calque au préalable, et le décalquer à l'envers sur votre plaque de linoléum. Vous allez graver un joli charabia, mais ainsi, il sera à nouveau à l'endroit une fois imprimé. 
Sur ma plaque, le dalmatien regarde à gauche, alors que sur le papier, une fois imprimé, il regarde à droite. 
  • L'autre caractéristique importante de la linogravure est que tout ce qu'on grave (= ce qu'on creuse) ne recevra pas d'encre et constituera donc un vide sur votre gravure finale. Toutes les parties de la plaque laissées intactes reçoivent de l'encre. En somme, sur ma gravure de dalmatien, mon réflexe de dessin aurait été de tracer, de creuser les contours, les tâches… comme je l'aurais fait si j'avais dessiné un dalmatien sur le papier. Ici, il faut raisonner à l'inverser : j'ai gravé autour des taches, et conservé cette fine ligne de matière intacte pour obtenir le contour du chien. 
  • Une fois le dessin entièrement gravé, on arrive à l'étape de  l'encrage, en utilisant un rouleau et de l'encre spéciale. J'utilise de l'encre à l'eau, l'Aquawash, de la Maison Charbonnel. C'est à ce moment qu'on découvre vraiment son dessin, car jusque là, on ne pouvait que l'imaginer en forçant sa petite tête à voir au-delà de l'effet miroir. 

  • Ensuite, si on est équipé d'une presse d'impression, on y place une feuille de papier, puis on positionne délicatement sa plaque encrée par-dessus, on protège en recouvrant l'ensemble avec une autre feuille, et on fait marcher la presse. C'est la pression de celle-ci qui vient déposer l'encre de la plaque sur le papier.  
Si on ne dispose pas de presse, on peut également obtenir des résultats plus ou moins satisfaisants avec… une petite cuillère ! De la même manière, on encre sa plaque, on pose une feuille de papier puis sa plaque encrée, une autre feuille par dessus, et on s'arme de patience en s'aidant de la pression de son pouce sur la petite cuillère, pour appuyer sur toute la surface de la plaque, en avançant méthodiquement centimètre après centimètre. Cette technique demande beaucoup plus de temps et d'huile de coude, pour un résultat moins uniforme que celui d'une presse, mais elle a le mérite d'être à la portée de tous, car les presses de bonne qualité sont très onéreuses, et il n'est pas évident de trouver un endroit où on peut en utiliser une.


Il vous plaît ce dalmatien ? 

J'espère que j'aurai éclairé quelques-un(e)s sur le principe de la linogravure à travers cet article. N'hésitez pas à me dire en commentaire si vous seriez intéressés par un article pas-à-pas plus détaillé sur une gravure dont je vous montrerais toutes les étapes. 
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8 commentaires:

  1. C'est très intéressant encore une fois, de comprendre et suivre le processus de création. Ce dalmatien est adorable et je comprends ton envie de le graver , il est définitivement très expressif !

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    1. Merci beaucoup Maud, et je suis ravie de lire que j'ai pu t'apporter quelque chose !

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  2. Une très belle gravure, il a un port de tête magnifique ce Dalamtien!
    Tu expliques très bien le procédé de la linogravure, c'est très intéressant.
    Moi, je suis partante pour une démo ;)

    Jessica

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    1. Merci beaucoup Jessica ! Je note, je note ;)

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  3. Bien trop jolie cette linogravure (et le résultat à même la plaque de linoléum me plait bcp aussi !) :) Je me souviens en avoir fait un peu pendant mes études d'arts appliqués et j'avais beaucoup aimé ça, c'était très relaxant ! Tu me donnes bien envie de m'y remettre... ;)

    Anne du chien à taches

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    1. Merci Anne ! Oui, c'est vrai que parfois j'ai presque envie de mettre plus en valeur les plaques que les impressions. Les traces laissées par les gouges dans la matière peuvent donner des résultats fort sympathiques, surtout quand les creux ont reçu un peu d'encre.
      J'espère que tu t'y remettras. ;)

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